22 août 2016 ~ 9 Commentaires

Comment se passer de cravache

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Suite à des échanges houleux sur Facebook, je pense qu’il est nécessaire de revenir une nouvelle fois sur ce sujet.

Ayant expliqué que je pouvais me passer de licol, je pensais que pour la cravache, c’était évident.

Ça ne semble pas être le cas.

Si je suis si attaché à ce problème, c’est que la cravache c’est tout un symbole ;

En effet, elle évite de se remettre en question.

Ce qui m’a fait bondir c’est de lire que : « monter sans cravache, c’est comme sauter d’un avion sans parachute« .

Encore dire cette phrase pour les rênes, voir le mors, j’aurais pu comprendre. Mais pour la cravache je me pose vraiment la question.

Pour monter sur le cheval ? je n’imagine même pas.

Pour avancer ? mes jambes et ou mes mains me suffisent. Je vais l’expliquer.

Pour tourner ?

Pour s’arrêter ? je ne vois pas.

Pour le calmer ?

Pour éviter de tomber ?

Pour descendre ???

Un parachute pourquoi ? je me le demande.

Qu’on ne se méprenne pas. Pour moi, ce n’est pas un problème de sensiblerie même si les dernières études scientifiques montrent l’extrême fragilité de la peau et des muscles des chevaux.

Des vidéos sur Internet m’ont fait prendre conscience assez récemment des dégâts qu’elle pouvait causer.

Les autopsies des chevaux de course montrent des muscles très abîmés qui devraient nous faire réfléchir. Pourtant on aurait pu penser que les jockeys ne font qu’effleurer la croupe. Quelles performances sportives peut-on espérer avec un cheval aux muscles mutilés? c’est la même réflexion que pour les muscles sous la selle.

Mais heureusement, tout le monde ne frappe pas ses chevaux, même lorsqu’ils utilisent une cravache.

Non, c’est pour moi un problème de comportement.

En fait, lorsque je sanctionnais mes chevaux, c’était surtout mes erreurs et mon manque de connaissances qui était flagrant. Aujourd’hui, lorsque je vois des cavaliers corriger leur cheval, c’est le constat que je fais. Il y a toujours un moyen non violent d’obtenir ce que l’on veut.

S’énerver avec les chevaux est néfaste. Rien n’est plus important pour les chevaux que le calme.

Pour paraphraser une nouvelle fois une de mes lectrices, on ne parle pas à un ami avec un bâton dans les mains.

La question à se poser est : votre cheval est-il bien votre ami ?

ou n’est-ce pas plutôt ce que vous voudriez qu’il soit et qu’il ne deviendra jamais ?

Avec une cravache, sauf cas exceptionnel, vous n’y arriverez jamais. C’est peut-être ça d’ailleurs qui explique les problèmes de motivation des chevaux que j’ai rencontrés autrefois.

Avoir besoin de la cravache est pour moi le signe que l’on a raté quelque chose avec l’animal.

Derrière la cravache se cachent tout un tas de problématiques aussi bien physiques, techniques que mentales.

Par exemple, les chevaux sur l’œil ont souvent des troubles de la vision liés à un blocage des premières cervicales.

Mais bien souvent c’est le relationnel qui est en cause, l’éducation.

A t’on pris le temps qu’il comprenne ce que l’on veut ?

N’a t’il pas une douleur physique qui l’empêche de le faire ?

Ses besoins vitaux (nourriture, mouvements, relations sociales) sont ils satisfaits ?

Prend-t’on le temps de son éducation ?

Respectons-nous les étapes, la progression ?

La cravache est l’outil des gens pressés.

Comme disait Beudant, dans le travail, on veut toujours aller trop vite.

En matière de dressage des chevaux, patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.

Quand on est ignorant, et nous le sommes tous à des degrés divers, la seule solution est la patience et la réflexion.

C’est ce qui me plait dans le dressage des chevaux. C’est comme un puzzle que l’on construit patiemment au fur et à mesure que l’on trouve les pièces et leur emplacement.

Dans quel objectif se sert-on d’une cravache ?

Je peux en parler pour l’avoir utilisée quasi sans interruption pendant 39 ans. D’ailleurs, si par hasard j’en ai une dans les mains j’ai tendance à m’en servir au lieu de réfléchir. C’est un réflexe pavlovien.

Pourtant, l’analyse des résultats sur le long terme est médiocre ce qui m’a fait changer de conduite assez récemment.

En compétition, il est statistiquement prouvé que les cavaliers qui en ont une ont de moins bons résultats que ceux qui n’en ont pas.

Vous me direz que ces chevaux sont plus difficile mais qu’est ce qu’un cheval facile si ce n’est un cheval bien éduqué, qui a confiance dans son cavalier et dans le travail qui lui est demandé.

Quels résultats sur le long terme peut-on espérer avec un cheval qui n’avance pas sans la cravache ?

Demandons-nous : à quoi sert une cravache ?

A motiver son cheval ? franchement, vous pensez vraiment ? comme je l’ai expliqué dans mon article sur l’équitation sans coercition la motivation passe uniquement par une récompense, un intérêt, pas par un coup de bâton.

Ce genre de renforcement laisse trop de séquelles psychologiques. C’est scientifiquement prouvé.

A punir son cheval ? là aussi les scientifiques ont démontré que la punition est inefficace. Il y a d’autres façons comme la voix par exemple pour lui exprimer que l’on n’est pas content. Les chevaux sont suffisamment sensibles, surtout les rétifs, pour que ça soit suffisamment efficace.

A réveiller son cheval ? pour cela, les jambes sont suffisantes.

A faire une leçon de jambe ? avec ou sans cravache, cela peut très bien se faire sans violence mais là encore les jambes seules sont suffisantes.

Un cheval qui refuse d’avancer ? j’utilise la méthode de Pierre Durand qui l’évoque dans son livre « propos débridés sur le cheval » : le faire tourner.

Je l’utilise surtout quand le cheval se met debout.

Si le tourner est dangereux, je le laisse sur place. Il y a toujours un moment ou il va accepter d’avancer. Laissez-lui le temps de réfléchir.

A ce propos, si votre cheval a peur de quelque chose, regardez de l’autre côté. Immanquablement il va tourner la tête et cela va le distraire de sa crainte initiale. C’est un truc que j’utilise et qui marche à tous les coups.

La désensibilisation est aussi quelque chose qu’il faut impérativement apprendre aux chevaux pour qu’ils n’aient pas peur des parapluies, des bâches, de l’entrée de piste et autres choses en compétition ou en extérieur.

Combien de cavaliers classiques prennent le temps de le faire ? c’est vrai qu’un coup de cravache est beaucoup plus expéditif et de cette façon le cheval associera l’objet à la douleur mais comme ce ne sera pas sa seule douleur, il y sera désensibilisé. Belle équitation principalement enseignée et dont on peut être fier.

J’arrête de m’énerver.

La méthode pour se passer de cravache est finalement la même que pour se passer de licol.

Un cheval qui se pointe ? ce serait trop dangereux.

Un cheval qui dérobe ou refuse un obstacle ? à la maison, il faut revoir la progression. En compétition, si le cheval a plus peur de la cravache que de l’obstacle, vous voyez le lien qui est créé avec lui. De toute façon, sur le long terme ça ne durera pas. C’est la motivation du cavalier qui fait passer les obstacles au cheval, pas la sanction.

A ce propos, je voudrais vous raconter une anecdote qui m’est restée.

Un jour, alors que je montais le cheval d’un cavalier de première catégorie, celui-ci refusait obstinément de s’approcher d’un vertical d’1,30m à la maison. Le cavalier me disait que je manquais de motivation, chose que je contestais bien sûr.

Pourtant, quand il est monté dessus, le cheval a sauté l’obstacle sans aucune appréhension dès le premier essai. Il avait simplement senti que je n’étais pas sûr de moi.

Est-ce que la cravache, que j’ai d’ailleurs surement du utiliser, aurait pu résoudre ce problème ? bien sûr que non.

Le pire, c’est que lorsque je suis remonté dessus, il a bien voulu le sauter mais avec une grosse appréhension alors qu’il venait de le sauter sans problème avec son cavalier habituel.

Les chevaux sont sensibles. C’est sur ce registre là qu’il faut travailler et se remettre en question.

Il faut en finir avec la méthode du comte d’Aure qui date du 19ème siècle et est scientifiquement dépassée même si elle semble séduisante par ses résultats à court terme.

La chose qui est quand même intéressante dans celle-ci c’est d’avoir la motivation lorsqu’on veut obtenir quelque chose de son cheval. Il doit comprendre qu’il n’a pas d’autres alternatives sinon c’est de la faiblesse dont il aura tôt fait de profiter.

Mais la motivation n’implique aucunement d’avoir une cravache dans les mains.

Un cheval qui n’avance pas dans une combinaison ? c’est encore un problème de dressage à la maison. Le cheval doit apprendre à agrandir ou rétrécir ses foulées dans les combinaisons.

Regardez comme les Allemands font très peu de fautes dans les combinaisons. Ils ne travaillent que là-dessus.

Pour activer un piaffer ou un passage ? pour l’avoir essayé, je peux vous assurer que non seulement c’est inefficace mais qu’à moyen terme, ça fait l’effet inverse. Sans la cravache, le cheval ne s’activera pas.

La solution est à l’opposé. Il faut décomposer les mouvements pour que le cheval ait envie de s’activer car ça lui sera moins pénible physiquement. Ensuite, il faut le motiver pour l’amener progressivement à le faire tout seul sans utiliser aucune aide.

J’ai longtemps utilisé la cravache avec une jument rétive et effectivement quand je ne l’avais pas, elle rétivait. Je devais même la changer régulièrement de main pour qu’elle ne s’habitue pas trop vite. Et puis le jour où j’ai décidé de l’abandonner définitivement avec tous mes chevaux, je n’ai plus eu aucun problème avec elle.

Tout est dans la tête du cavalier, dans sa motivation. Lorsqu’on n’a pas de cravache et bien on cherche et on trouve d’autres solutions plus pacifiques et les chevaux sont plus apaisés, plus à l’écoute.

Le relationnel s’améliore et l’on devient de réels partenaires. Tout un programme.

Articles en lien avec celui-ci :

comment je suis passé à une équitation sans coercition

- pourquoi vous devez absolument aller vers la légèreté

Pour aller plus loin : cliquez ici

Je suis Laurent FUMET auteur du livre « 41 mensonges équestres qui vous empêchent de progresser« . J’aide les cavaliers qui travaillent seuls à avoir un cheval heureux et motivé pour pratiquer une équitation sans contrainte grâce à la méthode des 3P (Physique, Psychique, Pratique) car je pense que rien n’est plus important que la compréhension du cheval.

9 Réponses à “Comment se passer de cravache”

  1. bonjour,que ça fait du bien de lire des propos de la sorte ! je n ai jamais voulu de cravache,j ai monté des chevaux de toutes sortes,des peureux,des rétifs,des blasés,meme mon percheron n a pas eu besoin de cet outil qui est un moyen barbare d obtenir un semblant de quelquechose. combien de cavaliers ne peuvent pas s en passer et ne jure que par elle! le cheval a peur,bing,un coup de cravache,desfois une rafale de coup de cravache,il ne saute pas,idem !! l etre humain va devoir aiguiser ses instincts pour comprendre que la solution avec un cheval ne sera la brutalité;c est une fausse relation,un leurre ! et je ne comprend pas qu il y ait eu des échanges houleux sur ce sujet;on est encore a la préhistoire…alors que les chevaux,eux,ont évolués.cordialement.

  2. Je suis entièrement d’accord avec votre vision des choses. On nous apprend malheureusement le contraire dans la plupart des centres equestres. Si on ne cravache pas, alors on n’est pas un bon cavalier.
    Le cheval travaille sous la contrainte et là, bonjour le mental, pour l’un comme pour l’autre. J’ai repris l’équitation après 20 ans d’arrêt et je viens de le comprendre. Je rentre souvent en opposition face au moniteur et j’ai souvent refusé d’utiliser la cravache, souvent au début, surtout quand je savais que les erreurs venaient de moi. Je sais qu’il ne me fera pas progresser à cause de ça, il me l’a dit !

  3. Effectivement vu comme ça on se rend compte qu’on l’a toujours dans les mains et qu’on l’utilise sans réfléchir… Cela m’est déjà arrivée de régir avec elle dans l’énervement ce qui ne serait pas arrivé sans celle-ci… Je vais essayer de monter plus sans cravache dans le futur, voir de l’abandonner complètement ;)
    Par contre, que pensez-vous du stick, qui lui est plus long et sert plus à stimuler différentes partie du corps du cheval que l’on ne peut pas atteindre seul ? Car cela me sert par exemple pour déplacer les épaules, même si j’espère avec le temps ne plus en avoir besoin :)
    En tout cas merci pour cet article très intéressant :D

  4. Bonjour,

    A quelle adresse email peut-on vous contacter ? Pouvez-vous nous répondre directement par e-mail ? Merci :)

  5. Bonjour
    Je confirme les propos ci dessus, j ai eu la chance d avoir comme instructeur de dressage un cavalier du niveau saint Georges…il a teste mon cheval 10 minutes et m’a conseillé de laisser la cravache et les éperons contre une bonne dose de psychologie.
    Féliciter son cheval, si il a bien fait un exercice, vaut mieux que 100 coups de cravache inutile. C est impressionnant comme mon cheval est tout content quand je le félicite…depuis je dialogue beaucoup plus avec lui..et je ne regrette pas d avoir souvent remis en cause les méthodes d éducation des monitrices de CE .

  6. Olivain equcrin.olima@wanadoo.fr 4 janvier 2018 à 22 h 15 min

    Tout à fait d accord mais l on peut aussi apprendre que le stick pourrait être le prolongement de la main qui serait la pour caressez d’essensibilisér , calmer ,attirer l attention ou mettre de la proprio ceptions sur une zone morte du cheval il suffit de savoir faire avancer sur la cravache qui aide à l éducation une fois la bonne relation établie plus besoin de celle ci qui doit être votre amie et celle de votre cheval et non un moyen pour le brimer le corriger ou quoi s ais je d autre encore

  7. Avant d’utiliser l’accélérateur il faut desserrer le frein à main


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