19 juillet 2016 ~ 11 Commentaires

Comment obtenir un cheval tendu ?

                                   christiancarde

Tout le monde traite ce sujet depuis longtemps et à part les Bauchéristes, tous les professionnels sont d’accord.

Tous les cavaliers de dressage de compétition et les juges se rejoignent également là-dessus. La tension du cheval s’obtient par la tension des rênes. Point.

Même Michel Henriquet me confiait à la fin de sa vie qu’il s’était rendu compte qu’avant de faire de la compétition, ses chevaux n’étaient pas assez tendus.

De là à dire que lorsque les rênes sont tendues le cheval l’est aussi, il y a un pas que certains franchissent allègrement.

Pourtant, les tenants de l’équitation de tradition française savent bien que ce n’est pas le cas.

Bien sûr, je ne renie pas que la tension des rênes est un des moyens d’avoir un cheval tendu. Mais ce que je pense, c’est que ce n’est ni le seul, ni le plus efficace. En fait, je pense même que ça n’a rien à voir.

« Il n’est pas nécessaire qu’un fil soit tendu pour que le courant passe » Colonel Christian Carde.

La tension, c’est obtenir la connexion entre l’arrière et l’avant main du cheval.

Les chevaux ont souvent du mal à connecter les deux comme l’explique Michel Robert dans ses livres et notamment dans carnet de champion.

Il existe plusieurs méthodes pour obtenir cette tension-connexion ;

  • - les assouplissements aident beaucoup,
  • - mettre le cheval entre les jambes et les mains, c’est-à-dire un cheval qui répond bien aux aides et donc qui est léger,
  • - faire remonter le garrot, c’est-à-dire avoir un cheval en équilibre,
  • - tout le travail de deux pistes, cessions à la jambe, épaule en dedans, contre épaule en dedans, tête au mur, croupe au mur, appuyers,
  • - les pirouettes et pirouettes renversées,
  • - le reculé,
  • - les transitions,
  • - le travail aux longues rênes,

J’en oublie surement.

Vous remarquerez bien que la plupart de ces exercices ne nécessitent pas une tension des rênes continue.

Vous me direz, rien d’original pour l’instant.

Vous avez raison.

En fait, j’ai volontairement commencé mon article comme tout le monde, en allant trop vite sans m’occuper des causes. Juste pour vous montrer comment la ou les pensées uniques, même si dans le cas présent il y en a essentiellement deux, nous influencent.

Ce que j’ai écrit correspond à peu près à un résumé de ce qu’écrivent tous les auteurs même ceux qui prônent la légèreté. Il n’y a rien de très original.

Pourtant encore une fois, on s’occupe trop des conséquences sans regarder les causes.

L’équitation est l’art de traiter les conséquences sans s’occuper des causes.

Lors d’une discussion sur Facebook, une personne a dit : « la montée du garrot, est un truc bidon qui fait vendre un tas de bouquins qui promettent des résultats très lointains, si lointains que la plupart des cavaliers ne les voient jamais ». C’est édifiant.

La montée du garrot n’est pas un truc bidon. Au contraire, c’est même une des choses les plus importantes de l’équitation. Pourtant, la suite de sa phrase montre la détresse de la plupart des cavaliers. Je vais tenter d’expliquer pourquoi.

Ma question est : Sur un cheval monté, que voit t’on entre l’avant et l’arrière main du cheval qui ne peut que parasiter la connexion ?

Réponse : LE CAVALIER.

Tout le problème est bien là. Comment peut-on espérer avoir une connexion maximale entre l’avant et l’arrière main avec un cavalier entre les deux ?

Les professionnels me répondront qu’ils y arrivent avec du travail. Je vais y revenir.

Mais intéressons nous au cavalier. Celui-ci est assis sur sa selle qui elle-même repose sur le dos du cheval. Ce sont les vertèbres qui permettent de supporter le poids de la selle et du cavalier avec l’aide du ligament supra épineux. Jusque là nous sommes tous d’accord.

Seulement voilà, le poids du cavalier et de sa selle comprime littéralement le muscle grand dorsal.

Toutes les personnes qui ont pratiqué la dissection sur des chevaux montés comparés à des chevaux non montés ont pu témoigner de la différence sur ce muscle.

Pourtant, la quasi-totalité des analyses biomécaniques qui sont faites s’arrêtent au ligament supra épineux qu’il faut tendre pour que le cheval supporte le poids du cavalier et c’est tout.

Je n’ai trouvé que deux analyses qui vont plus loin. Une que j’ai déjà citée du russe Alexander Nevzorov et l’autre de Katja Bredlau-Morich.

Or, ce muscle est celui qui fait la liaison entre l’avant et l’arrière main auquel il est attaché.

Lorsque nous montons une heure par jour, nous écrasons littéralement ce pauvre muscle qui ne nous avait rien demandé.

Imaginez que vous asseyez un enfant sur vos genoux. Je ne sais pas pourquoi on dit genoux alors qu’en fait ce sont les cuisses qui portent. Encore un déni de la langue française qui rejoint celui de l’équitation.

Je vous laisse imaginer l’état de vos cuisses au bout seulement d’un quart d’heure. Qu’allez-vous faire pour éviter ça ? vous allez bien sûr faire des pauses.

Je vous entends déjà dire que le cheval ne nous porte pas sur ses cuisses mais sur son dos. Alors imaginez que l’on vous met une ceinture très serrée autour de la poitrine sur le dos bien sanglée pour qu’elle ne bouge pas plus un poids par-dessus. Bien sûr vous êtes à quatre pattes. Je ne vous donne pas longtemps pour le supporter.

Pourtant pour 99,99% des cavaliers, il n’y a aucun problème. Tous leurs soucis relèvent de la technique équestre. C’est pour cela qu’ils font des stages avec de grands cavaliers qui surtout pensent comme eux pour ne pas avoir à se remettre en question. Qui se ressemble s’assemble.

Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Mais qu’en est-il pour le cheval ?

lui, très vite, son muscle grand dorsal va être asphyxié, anémié, atrophié. Encore une fois c’est prouvé.

Il va rencontrer des problèmes de locomotion que de grand spécialistes vont se charger de résoudre.

C’est ce que le docteur Heuschmann appelle « les marcheurs de jambes ». Il suffit pour eux de baisser l’encolure en tendant le ligament nucal pour le transformer en « marcheur de dos ».

La belle affaire. Le grand dorsal sera peut être un peu soulagé dans cette position mais de là à ce qu’il retrouve un état acceptable, il ne faut pas rêver.

Petit rappel anatomique : Le tissu musculaire a besoin d’un débit sanguin constant afin d’apporter des nutriments et de l’oxygène dans cette zone pour nourrir les cellules musculaires et permettre l’activité musculaire correspondante.

En comprimant les muscles par la selle et le cavalier nous bloquons le flux sanguin ce qui provoque donc des diminutions de tissu musculaire. Dans le pire des cas, les fibres musculaires peuvent même mourir.

Le grand dorsal n’est pas un muscle porteur mais un muscle locomoteur. Il faut donc le ménager. Il y en a un de chaque coté de la colonne vertébrale. C’est lui qui va faire que le cheval va marcher avec son dos. Il est donc d’une importance capitale. Tout le monde le reconnait.

Alors pourquoi n’en prend on pas soin ?

par ignorance ? je ne pense pas en ce qui concerne les spécialistes. Je pense plutôt qu’ils le font sciemmentpour que ceux qui voudraient que l’on ne monte pas les chevaux n’aient pas trop d’arguments.

Les selliers également doivent bien le savoir. Ils font suffisamment d’études pour ça. Mais eux aussi ont intérêt à le cacher. Combien de temps ça tiendra ?

Vous ne me croyez pas ? regardez les images qui circulent sur Internet :

                                    grand dorsal

Le muscle grand dorsal a été blanchi pour faire croire qu’il ne va pas sous la selle ! vaste mensonge.

Pendant ce temps, nos chevaux souffrent. Comme je l’ai déjà dit, je ne partage pas l’idée qu’il ne faudrait pas les monter mais par contre je dis qu’il faut prendre grand soin de ce muscle en fragmentant son temps d’écrasement.

Après tout, on envoie bien nos enfants à l’école avec des sacs à dos plus lourds qu’eux. Ce n’est pas bien mais c’est la vie. Il faut apprendre à faire avec. C’est comme lorsque l’on doit porter des charges lourdes. Il faut juste faire attention et surtout faire des pauses.

Alexander Nevzorov, le premier qui à ma connaissance à fait ce constat, continue à monter ses chevaux qui n’ont pas l’air de s’en plaindre. Regardez ses vidéos sur Internet.

J’ai une jument de 18 ans. Les gens qui la voient me disent qu’elle n’est pas ensellée. Et pour cause. Je prends grand soin de son dos même si je ne la ménage pas dans le travail monté.

Lorsque je n’avais pas compris ça, une de mes juments que je travaillais pourtant arrondie, refusait d’y rester toute seule et creusait le dos dès qu’elle le pouvait. Depuis que j’ai changé de façon de la monter, je n’ai plus ce problème. Et cela sans changer de selle ou quoi que ce soit.

Donc, comment faut-il faire ?

et bien comme je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises, il faut rester à cheval seulement par périodes de dix minutes, quinze minutes maximum si vous n’êtes pas toujours assis dans votre selle.

Ensuite, il faut descendre et dessangler quelques minutes que vous soyez en manège, en carrière ou en extérieur.

Essayez et vous verrez vous même tous les avantages que ça amène.

Lorsque vous remonterez, votre cheval sera calme, détendu, bien musculairement, près à travailler dix minutes voir moins s’il est brillant ce qui arrive beaucoup plus fréquemment qu’en montant « normalement ».

Il m’arrive parfois de monter seulement trois minutes.

Par exemple, je monte, je demande des changements de pied rapprochés au galop puis des changements de pied au temps et je descends immédiatement.

Tout le monde est content.

de plus, la répétition apprend au cheval a rester calme au montoir. Regardez ma vidéo sur le montoir.

Ceci dit, la plupart du temps, la selle n’est pas adaptée au cheval car bien souvent elle n’a pas été conçue pour lui. De toute façon, les selliers français ne se préoccupent que très peu de cette adéquation.

D’ailleurs, pour que ce soit le cas, il faudrait une selle par cheval ce qui est financièrement difficile.

J’ai donc fait venir une saddle fitter pour faire contrôler l’adéquation de mes selles au dos de mes chevaux. On n’est jamais trop prudent.

Articles complémentaires :

Le travail fractionné

Le poids du cavalier

Une séance de travail

Pour aller plus loin : cliquez ici

Je suis Laurent FUMET auteur du livre « 41 mensonges équestres qui vous empêchent de progresser« . J’aide les cavaliers qui travaillent seuls à avoir un cheval heureux et motivé pour pratiquer une équitation sans contrainte grâce à la méthode des 3P (Physique, Psychique, Pratique) car je pense que rien n’est plus important que la compréhension du cheval.

11 Réponses à “Comment obtenir un cheval tendu ?”

  1. Ce qui doit porter le cavalier c’est la tige vertébrale! Le travail en extension d’encolure permet la remontée de la colonne qui est alors plus solide pour porter le cavalier et libérer le jeu des vertébrés. Cela libérera les muscles dorsaux qui pourront être entièrement courroie de transmission de l’impulsion créée par l’arriere-main. Muscles qui seront soulagés par la légèreté du cavalier en selle(liant,équilibre, fixité, liberté du bassin)et par le choix d’une selle adaptée et sanglée moderement comme vous l’avez démontré. Tout cela va permettre au cheval d’être tendu dans son dos. CAR UN CHEVAL TENDU S’APPRECIE A SON DOS , SE SENT DANS LES FESSES ET NON PAS DANS LA TENSION DES RÊNES!

  2. Vous avez raison d’aborder ce sujet car il est la source des plus graves malentendus qui circulent dans la sphère équestre.
    Et il est bien difficile de s’accorder sur cette notion, même entre vieux baroudeurs. D’Orgeix voyait rouge quand je lui parlais de tension. Il ne voyait que l’aspect physique de la question. Nous avons fini par faire la paix lorsque je lui ai rappelé la définition qu’en donne Saint Fort Paillard dans un livre….qu’il avait lui- même préfacé! ( Votre Sport l’Equitation) et que je vous livre: » On peut même dire que la tension dans l’action sportive n’est finalement que l’expression physique d’une disposition psychique, c’est à dire en l’occurrence de la volonté. »

    • reflexions equestres 19 juillet 2016 à 21 h 53 min

      Merci beaucoup pour votre commentaire. Je n’ai jamais vraiment accroché avec le livre de Saint fort paillard. Je ne sais pas pourquoi. Je l’ai pourtant lu plusieurs fois. J’ai l’impression qu’il se résume à respect de la main, respect de la jambe. Un peu court comme argumentation.

  3. Votre article confirme l’approche que nous avons mis en place avec un ostéopathe allemand équin, cavalier expérimenté, pour notre jument PRE de 7 ans. Depuis 3 semaines, nous avons abandonné la phase montée pour se consacrer exclusivement à la longe où le calme à travers une petite cadence est recherché. Les résultats sont hallucinants. La jument se développe musculairement comme jamais et le stress s’envole. Ce travail préparatoire à la phase montée qui ré-interviendra sous peu, pourrait être suivi de ce que vous préconisez à savoir monter sur un timing très court puis descendre etc…dans ce cadre, votre expérience me semble être vraiment intéressante : pourriez vous détailler une séance type (timing exact, exercices demandés) ?

  4. Olivain equcrin.olima@wanadoo.fr 4 janvier 2018 à 22 h 37 min

    Dans tension des renes beaucoup lisent ou exécutent une traction ou une contraction de la main parlons de contact vers lequel le cheval doit avancer ,de main qui se dirige et non qui se ferme cela pourrait déjà éviter bien des massacres, les longues renes vous apprendront cette sensation si vous contrôlez les épaules de votre cheval indépendamment l une de l autre

    • reflexions equestres 5 janvier 2018 à 9 h 49 min

      Les longues rênes ont l’avantage de préserver le dos du cheval, courroie de transmission de l’énergie dont la plupart des cavaliers ne prennent aucun soin.

  5. Bonjour,

    Connaissez-vous l’équitation centrée ? En la combinant avec le fractionné (parce que sinon évidement ce n’est qu’un moindre mal voire un simple coup d’épée dans l’eau) elle pourrait donner des résultats étonnants je pense… Je ne sais, j’ai cette équitation pas encore le fractionné que je vais mettre en place… Mais je vous demande votre avis s’il vous plait, si vous connaissez cette manière de faire.
    Quant à la tension… Eh bien je suis de base une de ces bisounours clicker training et puis j’ai remarqué que même des rênes ajustées braque ma jument qui est beaucoup mieux en totalement fluide (ne pouvant régler la cause, si il y en a une, elle est peut-être juste ainsi) j’ai abandonné la tension depuis longtemps, me concentrant sur l’équilibre, du corps, l’impulsion, etc. Et la laissant gérer la hauteur de son avant-main, avec laquelle je reste en contact (il ne s’agit pas de perdre la connexion entre les deux bouts dont vous parliez). Quoique… Je pose la question… Doit-on réguler cette connexion… Ou tout faire pour disparaître en ne faisant que l’orienter et la demander le plus légèrement possible (en utilisant l’équilibre et les forces du mouvement, de l’inertie, etc.) ? En la demandant et laissant le cheval l’effectuer ensuite de lui-même comme s’il n’avait pas cette courgette bizarre sur son dos.
    Enfin, je vais réfléchir dessus, je souhaiterais surtout avoir votre avis sur l’équitation centrée dans l’optique de votre article si vous en avez la possibilité s’il vous plait.
    Merci d’avance et cordialement,

    • reflexions equestres 19 septembre 2018 à 7 h 38 min

      J’adore l’équitation centrée. Le livre « Nouvelle équitation centrée » de Sally swift m’a beaucoup apporté. C’est lui qui m’a fait découvrir la bonne position à l’obstacle par exemple.

      Si votre cheval n’accepte pas la tension, c’est surement un problème au niveau des premières cervicales. Que dit l’ostéopathe ?

  6. La tension des rênes pour moi est juste un code le cheval n’a pas besoin de nous pour être tendu. Le problème de cette tension des rênes c’est que la frontière est très fine entre tendre les rênes et tirer sur les rênes avec tout ce qui va avec :affaissement du garrot, manque d’engagement des postérieurs, équilibre précaire basé sur la main fuites latérales des épaules et des hanches dos verrouillé locomotion saccadé e. Quand à la selle il faut commencer par la une selle adaptée à votre cheval enlevé 30 à 40% des problèmes équestres, une attitude recherchant la symétrie qui ne gêne pas le bon fonctionnement du dos de votre cheval une bonne gestion des épaules de votre cheval une main qui va toujours vers la bouche et en plus si vous obtenez l’adhésion de votre cheval au projet équestre commun cavalier cheval alors l’équitation devient facile. Ah oui il manque une petite dose de communication intuitive pour atteindre le nirvana.

    • reflexions equestres 13 février 2019 à 19 h 40 min

      Je suis 100% d’accord d’autant plus que c’est la première fois que j’entends quelqu’un parler de la gestion des épaules du cheval.


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