26 janvier 2014 ~ 6 Commentaires

Le piaffer

z_piaffer[1]

Comme les airs relevés, l’étude du piaffer m’a pris des années de recherche sans vraiment de résultats.

Aucune des méthodes étudiées ne me donnait satisfaction sur mes chevaux de CSO. 

La méthode de Beudant qui consiste à le demander depuis l’arrêt a l’inconvénient de ne pas pouvoir donner de rythme au mouvement.

Seul un cheval sur les trois que j’ai travaillé ainsi a commencé à se mobiliser.

J’en ai même un qui à chaque demande, plantait ses quatre pieds dans le sol et refusait de bouger.

Cet exercice provoquait de la rétivité. C’était le contraire du but recherché. Je n’était visiblement pas sur la bonne voie.

Pourtant, dans le travail à pied, j’obtenais un début de piaffer assez satisfaisant mais il m’était impossible de le reproduire en selle sans que je comprenne pourquoi.

D’ailleurs, pour bien réussir ce travail à pied, il faut préalablement faire rapprocher les postérieurs des antérieurs avant de le demander. Cela facilite grandement les choses.

Je pense que les cavaliers de dressage le demandent principalement avec un aide à pied muni d’une chambrière derrière le cheval pour le contrôler et l’animer.

Cette solution était inenvisageable pour moi car d’une part, je ne dispose pas d’un aide qualifié et d’autre part, je recherche des méthodes que je peux facilement appliquer seul.

Je vis avec l’idée qu’il y a toujours une méthode simple pour apprendre un exercice. Il suffit juste de la trouver.

Le demander à partir du trot ralenti ne donnait aucun résultat car je n’arrivais jamais au trot réellement sur place. J’ai également essayé les pirouettes au trot sans plus de résultat.

Les transitions trop ralenti jusqu’au pas puis immédiatement pas rythmé jusqu’au trot ne me permettait toujours pas d’obtenir la mobilisation recherchée.

La seule technique un peu efficace consiste à demander le piaffer à partir de l’appuyer au pas. Cela limite les contractions du cheval mais ça me parait encore très loin de l’objectif recherché.

Le demander à partir du reculer comme le fait Philippe Karl ne me donnait pas plus de résultat. Je n’étais décidément pas doué.

Je finissait par en conclure que le piaffer était réservé à des chevaux dans le sang ayant des aptitudes naturelles comme les chevaux ibériques pour qui il suffit souvent de le demander pour l’obtenir.

Puis un jour, je suis tombé par hasard sur deux vidéos de Pascale Berthier, une élève de Jean Claude Racinet, et ce fut la révélation. Ce n’est pas tant les vidéos en elles mêmes qui n’ont rien d’exceptionnel que le déclic qu’elles m’ont permis d’avoir.

 http://www.psreditions.com/product.php?id_product=82

Elle demande la mobilisation du cheval en enlevant le maximum d’impulsion au pas mais en ne laissant pas le cheval s’arrêter.

Ainsi, ce dernier décompose fortement son allure et prend conscience progressivement du mouvement de la mobilisation.

Je compris enfin que cet exercice n’est pas naturel pour mes chevaux et qu’il faut leur apprendre à placer leurs membres.

Pour cela, rien de mieux qu’un travail au ralenti qui fait réfléchir le cheval et le garde dans le calme.

C’est assez surprenant que pour obtenir du rythme il faille commencer par le supprimer presque complètement mais c’est vraiment la clé de la réussite de cet exercice.

Cela m’apparut alors comme une évidence, c’est toujours avec le pas que l’on arrive à régler les problèmes des chevaux. C’est une règle d’or a ne jamais oublier.

Pour cela, il ne faut pas mettre de jambe, sauf si le cheval s’arrête, pas non plus d’assiette et contrôler le mouvement avec les doigts qui se ferment et s’ouvrent sur les rênes en fonction de nos exigences qui doivent être en rapport avec ce que le cheval peut donner.

Il faut se déplacer dans un ralenti maximum.

Demander éventuellement du travail de deux pistes afin de mobiliser les postérieurs mais surtout rechercher le calme, avancer un minimum, pouvoir rester droit (calme, en avant et droit).

On doit sentir chaque muscle que le cheval met en oeuvre. Progressivement, il avancera de moins en moins et commencera à se mobiliser sur place au fur et à mesure qu’il maîtrisera mieux ses mouvements. C’est un apprentissage.

Au bout d’un moment, il va vouloir de lui même accélérer pour moins se fatiguer et en le maintenant sur place à ce moment là, l’exercice sera compris.

Il ne restera plus qu’à l’améliorer très progressivement en partant toujours du pas ralenti.

C’est surement en fait la technique du pas compté préconisée par le Général Decarpentry, mais sans l’avoir vue pratiquée, je ne l’avais pas comprise.

Cette méthode a également l’avantage d’éviter les contractions du dos que l’on voit trop souvent dans ce genre d’exercice et qui sont dues à la façon dont les chevaux ont été formés trop rapidement et trop brutalement.

Je suis Laurent FUMET auteur du livre « 41 mensonges équestres qui vous empêchent de progresser« . J’accompagne les cavaliers à mieux comprendre et respecter leurs chevaux grâce à la méthode des 3P (Physique, Psychique, Pratique).

Pour aller plus loin : cliquez ici

6 Réponses à “Le piaffer”

  1. bertrand de Pontbriand 14 janvier 2015 à 17 h 14 min

    Aujourd’hui j’ai essayé votre méthode avec ma jument pursang arabe qui stresse avec l’exercice du piaffer car elle n’arrive pas à imaginer ce qu’il faut faire. J’ai essayé à pied et elle rapproche ses postérieurs presque au niveau des antérieurs, l’avant piaffe et l’arrière reste figé au sol. Avec la badine, elle consent à soulever de temps en temps un postérieur, elle avance par petits bonds mais aucun moyen de lever ses pieds en diagonale. J’ai essayé à partir du du reculer, sans résultat non plus. Le passage est bien plus évident pour elle puisqu’il est dans le mouvement en avant et c’est une allure naturelle pour elle. Il est vrai que du pas, elle semble moins stresser mais je pense que j’insiste trop quand elle se mobilise sur place pour décoller ses pieds l’un à après l’autre de façon très brouillonne. Je vais réessayer sans jambes demain … aujourd’hui je n’ai pas du tout réussi même pas une amorce de résultat. Elle veut bien faire , le moindre compliment la rend heureuse, elle fait tout pour plaire que ce soit à pied ou montée mais le piaffer, c’est incompréhensible pour elle pour le moment. J’aimerais bien être en liaison par mail avec vous pour qu’on réussisse cet air de fantaisie. Cordialement

    • reflexions equestres 15 janvier 2015 à 15 h 21 min

      Bien sûr, je n’ai pas de solution miracle. Par expérience, les chevaux qui passagent facilement piaffent difficilement et inversement. J’aime bien obtenir les exercices à pied avant de les demander monté. Compte tenu que c’est difficile pour elle, il faut beaucoup décomposer. Par exemple, obtenir le levé systématique d’un postérieur avec la cravache. Cravache sur la croupe gauche=levé du postérieur gauche. Pour cela, le clicker et la nourriture font gagner beaucoup de temps. Une fois le reflexe acquis sur le postérieur gauche, lui apprendre le postérieur droit. A pied, il ne faut pas s’occuper des antérieurs, ça ne mène à rien. Lorsque vous pourrez obtenir le levé de l’un ou de l’autre postérieur, vous pourrez alterner vos demandes de plus en plus vite, ce sera un début de piaffer. Monté, il faut absolument qu’elle décompose complètement le pas avant de pouvoir lui demander de piaffer. Une fois qu’elle y arrivera, c’est par des enchainements d’exercice qu’on l’obtient. Un exercice efficace est la transition appuyer au trot, piaffer demandé avec le corps sans les mains. Il ne faut le demander que quelques battues et repartir en avant pour ne pas perdre l’impulsion et limiter les contractions. Le piaffer sans impulsion est le contraire du but recherché. Je travaille également trot-piaffer-trot par des demi arrêts ou même galop-piaffer-galop. Au début il ne faut demander que deux battues de piaffer puis repartir en avant. Progressivement, on peux en augmenter le nombre. Si votre jument maitrise bien le passage, vous pouvez essayer passage-piaffer-passage par demi arrêt. Il faut trouver l’exercice qui lui convient le mieux.

  2. Bertrand de Pontbriand 28 septembre 2015 à 11 h 49 min

    J’ai découvert ce matin la réponse que vous m’aviez faite en janvier dernier et qui s’était perdue dans mon ordinateur jusqu’à aujourd’hui… Je vous en remercie chaleureusement.
    Comme je ne participe plus à des compétitions, je n’ai aucune raison d’embêter ma jument à apprendre des exercices difficiles pour elle sauf que justement le piaffer pourrait lui apporter beaucoup d’aisance et de brillant pour d’autres airs comme le passage ou les changements de pied rapprochés ou le trot en extension. C’est pourquoi j’insiste encore malgré les difficultés que je rencontre avec ma jument sur le piaffer. Elle a l’énergie pour le faire et la force du rein aussi je crois mais elle ne comprend pas encore vraiment le but recherché alors qu’elle comprend très vite par ailleurs tout ce que je lui demande. Bien sûr c’est de ma faute car je n’ai jamais eu d’autre cheval ni de maître pour m’enseigner et je n’ai peut-être pas la sensibilité qu’il faudrait. Un Beudant aurait trouvé l’astuce en quelques minutes et moi je suis à l’ouvrage depuis un an. A pied j’ai fait ce que vous écrivez et je vais continuer comme vous dites puisque ça marche pour votre cheval aussi. Je n’impose pas de cadence ni même de diagonalisation, comment pourrais-je imposer d’ailleurs mais si le rebond diminue trop ou si les pieds sont collés au sol, je donne un petit effleurement sur le canon postérieur avec la mêche de la cravache de dressage.
    Nous nous exerçons beaucoup à pied en liberté (au moins une fois par jour, en la sortant brouter de l’herbe dans les chemins). Montée, on obtient quelque chose qui n’est pas forcément fait de bon gré mais à pied en liberté, on paie cash la battue de trop. Si ça l’ennuie de continuer à piaffer, elle s’échappe au galop à une trentaine de mètres de moi, la queue en panache et l’air bravache et je suis obligé de la siffler pour qu’elle revienne à mes pieds.
    Montée, j’obtiens quelque chose qui ressemble à du passage avec des battues courtes mais ce n’est pas du piaffer, bien assis, avec des balancements bien rythmés, sans aucun poids dans les rênes comme je l’ai ressenti une fois dans une situation de très forte excitation en ballade.
    Oui, trot piaffer trot, je vais essayer ça mais galop piaffer galop je n’ose pas car ma jument va chauffer et se contracter, c’est une pursang arabe très typée. Et en plus je viens de lui apprendre à descendre du galop au trot bien nettement en la mettant dans le vide après le demi arrêt, avec les antérieurs qui volent à la première battue de transition et le dos qui s’arrondit comme je l’ai vu faire en liberté.
    Je vais essayer l’appuyer au trot puis piaffer comme vous le suggérez. L’avantage que j’y vois est de faire engager les postérieurs grâce à l’appuyer sans trop de risques de confusion avec d’autres demandes (départ au galop par exemple).
    J’aimerais vous envoyer une vidéo du piaffer pour que vous m’aidiez, c’est possible ?
    Je n’ose pas prendre de cours d’équitation car j’ai 60 ans et je me sens trop âgé. En plus je me sentirais ridicule car j’ai mal au dos en permanence et je ne peux pas tout encaisser. Par ailleurs je ne connais encore personne qui monte des chevaux arabes en haute école et qui comprennent qu’il y a une limite qu’on ne peut pas franchir avec ces chevaux là sans risquer qu’ils « pètent un cable ». C’est pourquoi je serais ravi de continuer à discuter avec vous.

    Pour que vous voyiez ma jument , voici une vidéo sur you tube
    https://youtu.be/QjUfogY3Tjk

    • reflexions equestres 1 octobre 2015 à 13 h 47 min

      Très belle vidéo. Les chevaux dans le sang sont plus faciles à dresser car plus sensibles, plus fins. Il n’y a rien de pire qu’un cheval qui ne réagit pas.
      Avec qui voulez-vous prendre des cours d’équitation ? les enseignants compétents ne courent pas les rues. Dans quelle région êtes-vous ?
      Pour votre mal de dos, je vous conseille la vidéo suivante : https://www.youtube.com/watch?v=e8qAs0DYosc
      La vie est souvent plus simple que l’on ne croie. Il suffit de trouver les bonnes clés. C’est dans ce sens que je dis que les humains aiment souffrir.
      Vous pouvez m’envoyer une vidéo du piaffer à l’adresse suivante : contact@optim-dressage.fr. Je ne sais pas si je pourrais vous aider mais un œil extérieur est toujours intéressant.
      L’appuyer est la base de tous les exercices. Je vais en parler dans un prochain article. Le balancé d’appuyés au pas permet de préparer le piaffer, au trot, il prépare le passage et au galop, il prépare les changements de pied.

  3. Bertrand de Pontbriand 1 octobre 2015 à 23 h 12 min

    Je suis sûr que vous pourrez m’aider et c’est vraiment gentil d’avoir répondu si vite. J’apprécie beaucoup ce que vous écrivez et j’y souscris entièrement. Vous écrivez : L’appuyer est la base de tous les exercices : je ressens ça aussi même si j’ai très peu d’expérience. Mais j’ai lu quelque part qu’il ne faut pas en faire trop pour ne pas abîmer les articulations du cheval. Qu’ne pensez-vous ?
    Ce soir j’ai monté en fractionné comme je fais d’habitude pour ne pas abîmer le dos de ma jument mais cette fois par périodes de 10 mn comme vous préconisez. 10 mn monter, 10 minutes à brouter l’herbe sans filet et dessanglée. Aujourd’hui je voulais seulement m’exercer sur les changements de pied tous les deux temps sur le cercle sans qu’elle chauffe. Dés la deuxième cession de 10 mn, ma jument Bahia est venue d’elle même se placer à côté de moi et a commencé à se balancer pour piaffer. Cette fois je n’ai pas attendu qu’elle s’éteigne, j’ai arrêté à la troisième foulée (piaffer correct ou pas, j’avais décidé de ne faire que 3 foulées) et je m’aperçois que c’est peut-être ça la solution. Il y a même un certain plaisir pour elle à continuer à piaffer quand je lui dit stop on dirait … et ça me fait sourire d’avoir perdu tant de temps à demander sans obtenir alors qu’il suffit peut-être de refuser pour obtenir.
    « La vie est souvent plus simple qu’on ne croit, il suffit de trouver les bonnes clés » : Vous avez sûrement l’expérience pour dire ça mais moi je crois qu’il y a une grande différence entre savoir faire une chose et la faire ! un maître vous montrera la bonne clé, vous dira ce qu’il faut faire pour que le cheval réagisse positivement mais ce n’est pas sûr qu’on peut le faire. Le mieux c’est souvent de le voir faire, on ne comprend pas tout mais au moins on sait que c’est possible de le faire.
    C’est pourquoi j’irais bien vous rendre visite avec ma jument. Vous pourriez la monter et comme ça on parlerait de choses précises.

    Je suis dans le 94 à Marolles en Brie et vous ?

    Merci pour le lien youtube concernant le mal de dos , je regarderai ça demain.

    Enfin, dernière question, je ne sais même pas à qui je m’adresse, je n’ai pas su trouver votre nom sur votre site, pourriez vous me donner votre nom quand vous me répondrez ?

    En vous remerciant encore une fois

  4. Rosa (Danièle Rosadoni) 29 janvier 2017 à 21 h 47 min

    Magnifique article, magnifique échange. Je m’en inspirais (sans vous connaître, mais sur base Oliveira et Racinet, entre autres), je m’en inspire, je m’en inspirerai. Bonheur de vous lire. Ce sont les petits miracles du web. Merci


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